Des nouvelles du portable à 100$
Thursday November 30th 2006, 5:44 am
Filed under: technologies

Dans un monde idéal, le projet porté par Negroponte s’éparpillerait comme un feu de broussaille partout dans le monde, en voie de développement ou en développement, révolutionnant le monde de l’éducation en utilisant les merveilles des nouvelles technologies.

nigerian-machine.jpgDans ce monde merveilleux, le projet One Laptop Per Child deviendrait l’émissaire d’un monde où la technologie ne peut être ignorée et où le développement ne peut passer sans l’intégrer. Économiquement parlant, le développement d’idée se verrait traduit en occasion d’affaire, socialement, l’information serait distribuée également dans toutes les communautés et dans tous les domaines, de l’éducation à la santé, et politiquement, les citoyens et membres d’une société pourraient rapidement et efficacement dialoguer et choisir une voie à suivre pour leur bien commun.

Dans ce monde merveilleux, il est clair que tout le monde serait derrière ce projet magique qui amène tant de bienfaits à la population mondiale. Comment se placer en contre?

Toutefois, le monde est loin d’être merveilleux et, comme il est en fait particulièrement con, ce projet a une certaine difficulté à percer l’imagination. Le dernier rapport en date nous vient du New York Times qui nous rappelle gentiment tous les détails du projet.

L’ordinateur, qui s’approche des 150$, est maintenant achevé en sa conception. 1000 pilotes ont été produits et Negroponte se promène ces jours-ci dans le monde entier pour en promouvoir ses capacités. 3 millions de commande tentatives et un manque à gagner de 2 millions pour entrer en production de masse.

Maintenant, croire ou ne pas croire en ce projet?

La réponse est assez simple en fait: il ne subsiste aucun doute dans mon esprit, il faut y croire! Pourquoi demandent certains sceptiques rencontrés un peu partout, et particulièrement à la dernière rencontre de l’ACFAS sur le sujet en mai dernier? Sceptiques particulièrement informés et lettrés dans le domaine de l’information. La question se retourne sur elle-même en fait.

Pourquoi ne pas y croire? Pourquoi ne pas embarquer dans ce projet?

Il est bien organisé. Bien porté par des gens qui, en plus d’être influents, sont compétents. En fait, c’est un projet rassembleur. Rassembleur d’idées de toutes sortes. Surtout, il est novateur. Novateur dans ce qu’il permet à une toute autre génération, celle de ceux qui sont nés dans la puce électronique, de s’épanouir pleinement en utilisant tous les moyens qui sont aujourd’hui phénoménaux, (et ce n’est pas seulement moi qui pense cela, allez voir tous les participants aux réunions du Sommet Mondial sur la Société de l’Information et leur opinion, tant de personnes ne peuvent se tromper!) que nous offrent les technologies de l’information et de la communication.

Il faut foncer la tête baissée. Parce que si, comme Larry Cuban de Standford qui accuse les concepteurs d’être idéalistes et naïfs, on demeure conservateur, on risque d’oublier que l’innovation, ça se passe la tête sur les papiers et les oreilles grandes ouvertes aux millions d’idées qui peuvent naître de ces jeunes innovateurs. Car, de toutes façons, ne pas le faire serait aller à l’encontre des valeurs qui soutiennent ce projet, celui de l’imaginaire et de la créativité des enfants.



L’allégorie du tireur flanqué
Monday November 27th 2006, 5:17 pm
Filed under: international

  En Irak, depuis quelques mois déjà, une rumeur se répand dans les bataillons américains et fait office de mauvais rêve récurrent qui hante le sommeil des soldats. Cette rumeur, dont l’existence est démentie par le haut commandement américain, est toutefois solidement assise dans l’imaginaire du peuple irakien. C’est l’histoire de Juba, un irakien qui, grâce à son Dragonov à lunette et à sa fourgonnette, sème la terreur dans Bagdad. Ce tireur d’élite, au talent certain, planqué sous des couvertures à l’arrière d’une camionnette en mouvement, se fond dans la population en se promènant dans la ville à la recherche d’une cible : n’importe quel soldat américain.

Cette histoire se promène allègrement en Irak surtout grâce à la disperstion d’une multitude de copies DVD des exploits de Juba qu’il filme lui-même alors qu’il se commet à son talent. On raconte qu’il en serait aujourd’hui à 37 abattus. D’autre pensent qu’il en serait rendu déjà à une centaine. D’autre parle de lui comme un simple membre d’une escouade bien garnie de jeunes hommes à qui l’on apprend le métier et qui serait déjà à au moins 300 trophées. Certains mentionnent avoir déjà rencontré ce Juba, d’autre même l’avoir déjà vu à l’oeuvre. Mais tous s’entendent : ce Juba n’est pas seulement qu’un tueur de soldats. Ce Juba, c’est l’allégorie même de la situation irakienne.

Car l’Amérique, bien assise chez elle en se gavant de la dinde annuelle, est prise au piège. Prise dans un étau qui se serre de plus en plus avec les jours qui passent. D’un côté, elle est au bout de la route. Une route qui n’a pas été bien nettoyée, pas été suffisamment travaillée pour que l’on puisse y traverser sans encombres. De l’autre une maison mal construite où se cache une bombe que l’on ne peut identifier. Deux issues qui sont sans solutions.

Le soldat américain est aussi dans une impasse. Il est debout, comme on peut le voir dans les vidéos, attendant la fin de l’éternité, sans se douter qu’au moment où il regarde les voitures et les passants, les soupçonnant tous de quelques mauvaises intentions, quelqu’un l’observe encore plus sournoisement. Et alors qu’il s’allume une cigarette, où qu’il croque sa pomme, le tireur choisit, décide, met en joue, presse sur la gâchette, et abat. Tout autour, les autres soldats se demandent, paniquent, et s’en vont sans attendre avec la victime tandis que le tueur, lui, est déjà, en route, bien tranquillement, vers la maison.

Dans cette situation, le soldat, comme l’Amérique d’ailleurs, a-t-il un choix ? Doit-il se cacher constamment ? Ne plus sortir de chez lui ? A-t-il seulement un chez lui plus sécuritaire que la rue ? Comment dénicher ces tireurs ? En détruisant ou en fouillant tout véhicule s’approchant de leur présence ? La vérité, c’est que le soldat est pris dans un étau. Cet étau, c’est celui de la mauvaise préparation. Mauvaise gestion et mauvaise stratégie d’une guerre sans motif et surtout sans idéal. Une guerre qui, pour qu’elle se termine, recommence.

Le soldat qui est debout en regardant, la tête vide, l’horizon trop loin du ciel d’Irak, n’a pas de raison de s’offrir en cible. Le tueur, lui, a une raison bien en tête pour tirer, une raison qui est aussi bien ancrée dans la population irakienne. Celle de semer la terreur, une terreur aléatoire, qui leur appartient, celle qui est la plus dévastatrice et qui fait constamment douter l’ennemi. C’est cette idée qui a germé au fil des ans dans la tête des Irakiens et qui leur donne la force de continuer. C’est cette même idée que les Américains, avec cette guerre aléatoire, ont propagé quand ils sont arrivés au pays de Saddam .